Appel des cotisations 2007

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Cher adhérent,

Comme d’habitude, je viens ici, en ce premier mois de l’année, tenter d’établir pour vous un compte-rendu sommaire de l’année écoulée, avant de faire appel, une fois de plus, à votre générosité et à votre soutien, afin qu’ensemble nous poursuivions, en 2007, notre action en faveur de toutes ces bêtes oubliées, abandonnées, maltraitées, perdues, malheureuses, qui dépendent de nous et n’ont que nous au monde, et pour lesquelles notre refuge représente la dernière chance -et bien souvent la seule-.

L’année, une fois de plus, a été éprouvante, et j’ai fini par me faire à l’idée qu’il ne pouvait pas en être autrement : s’il s’agissait seulement de recueillir de pauvres bêtes, de les soigner, de les réconforter, de leur redonner confiance puis de les faire adopter, la tâche serait déjà, vous pouvez aisément l’imaginer, stressante et difficile. Mais, pour pouvoir effectuer auprès des animaux cette mission essentielle qui nous incombe -et qui est notre seul but à tous- il nous faut gérer le refuge et l’association comme une entreprise, avec tous les soucis administratifs, matériels et financiers que cela implique. A deux différences près cependant : la première, c’est que les « patrons » sont bénévoles ; et la seconde, c’est que nous n’avons à vendre, pour assurer notre financement, ni produit attrayant, ni service dont on ne peut se passer, mais seulement un petit morceau de bristol -la carte d’adhérent- qui témoigne de notre engagement et de nos sentiments à tous.

Parmi beaucoup d’autres, voici quelques-unes des difficultés qu’il a fallu résoudre : à l’automne, notre petite Renault Express, seul véhicule de l’association, s’est fendue en deux, après avoir transporté, pendant treize années, quelques milliers d’animaux et des tonnes de nourriture et de matériaux divers. Il a fallu la remplacer de toute urgence, car il ne se passe pas de jour sans qu’on doive emmener à la clinique une ou plusieurs bêtes. C’est une Kangoo neuve et spécialement aménagée qui a pris le relais, mais nous n’avions pas prévu cette dépense pour 2006, pensant que la petite Express, que nous chouchoutions, allait durer encore un an ou deux.

La nouvelle voiture

La nouvelle voiture

Il a fallu se pencher sur un souci de chauffage : dans toutes les chatteries, les radiateurs électriques, très anciens, véritables « grille-pain », procuraient très peu de chaleur tout en consommant beaucoup. Les mêmes « grille-pain » équipaient la maison de la gardienne, et deux d’entre eux seulement fonctionnaient encore. Après avoir consulté des entreprises spécialisées, en espérant changer pour une énergie moins chère que l’électricité, il a fallu se résoudre, rien d’autre ne s’avérant possible, à procéder à l’installation de nouveaux radiateurs électriques radiants et nettement plus efficaces que les anciens, et ces travaux sont presque terminés. Dès qu’ils seront achevés, il faudra passer à des travaux de maçonnerie, pour lesquels j’ai accepté le devis, car le bâtiment dans lequel se trouvent les nouveaux animaux de compagnie (lapins, furets, gerbilles etc…) ainsi que la buanderie et le grenier s’est lui aussi fendu en deux (comme la voiture !) sur toute sa hauteur, et la fente mesure plusieurs centimètres de large, si bien que nous nous sommes trouvés dans l’obligation d’héberger dans notre minuscule bureau la perruche récemment abandonnée, cet oiseau craignant le froid.

Il a fallu également gérer un gros souci informatique : nos logiciels, complètement obsolètes, ne permettaient pas que soient « récupérés » nos documents et fichiers (ils sont au nombre de 3000 environ) et nous avons craint pendant plusieurs mois de devoir tout « ressaisir ». Le pire a pu être évité, nous nous remettons « à flots » progressivement, mais l’informaticien, Odile Boch et Agnès ont vécu d’effroyables semaines…

Le plafond du local baptisé pompeusement « pharmacie », où nous entreposons nos réserves de médicaments, vient de s’effondrer (8 janvier 2007)… Le bénévole qui trie et range les remèdes a réussi à les «sauver», mais il va falloir débourser 3800 € (hors taxes) pour la réparation.

Cocotte

La péruche Cocotte

Ces quelques petits exemples (un fétu de paille sur l’océan des soucis qui nous accablent) pour que vous sachiez que ce qui se passe au refuge lorsqu’il est ouvert, l’après-midi, -et qui est notre raison d’être- n’est que la partie visible de l’iceberg, et n’est rendu possible que par sa partie immergée : un travail très astreignant, ingrat, prenant, souvent ardu et pour lequel il faut sans cesse lutter contre le découragement. Et j’avoue que si je n’avais pas à mes côtés, chaque jour, depuis un peu plus d’un an, notre trésorière, j’y aurais certainement cédé… Odile Boch vient travailler avec moi au secrétariat tous les matins, et si elle ne part jamais avant midi, elle arrive parfois bien avant 8 heures !

En ce qui concerne le personnel : Jean a pris sa retraite, mais il accourt dès que nous avons besoin de lui pour un chien difficile ou une petite réparation. Jeanine dirige les animaliers le matin, se transforme en conseiller d’adoption l’après-midi et devient gardienne le soir venu. Cela fait 28 ans qu’elle court du matin au soir. Danièle, Claude, Cécile, Yann, animaliers sous contrats aidés par l’état, s’investissent à fond dans leur travail et s’en acquittent avec beaucoup de coeur.

Nous le savons tous depuis longtemps, il faut envisager un « déménagement » du refuge, nos locaux étant beaucoup trop petits pour notre activité, très vétustes, ne correspondant pas -et beaucoup s’en faut- aux normes actuelles. Il convient d’étudier et de mettre sur pied un projet que je pourrais soumettre ensuite au Conseil Général et à la Mairie de Dijon, ces deux collectivités locales se montrant très bienveillantes à notre égard. Pour ce faire, la constitution d’une petite équipe efficace et déterminée est nécessaire, et je fais ici appel aux bonnes volontés.

Les nombreuses démarches que nous effectuons depuis des années en faveur des chats errants, et notre combat pour que leur mise en fourrière soit remplacée par leur stérilisation, identification et relâcher sur leur lieu de vie continuent à porter leurs fruits : des conventions R.A.P.A.P.P.E.L. sont signées avec plusieurs mairies : Dijon, Crugey, Fauverney, Izeure, Perrigny-sur-l’Ognon. Des négociations sont en cours avec de nombreuses autres communes. La Mairie de Dijon a bien voulu accorder au R.A.P.A.P.P.E.L., pour cette action, une subvention de 2000 euros, et le Conseil Général nous a attribué une subvention de 1500 euros. Le R.A.P.A.P.P.E.L. a fait stériliser et tatouer, en 2006, plus de 200 chats dans tout le département.

Notre S.P.A. a pu, grâce à vous, recueillir, soigner, sauver, replacer de nombreux animaux. La ligne de conduite que nous avions, tous ensemble, définie en 1996, est toujours respectée : tous les animaux, quels que soient leur âge, leur race, leur état sanitaire à l’arrivée, leur statut (animal abandonné ou animal trouvé), sont systématiquement soignés, vaccinés contre les maladies courantes de leur espèce, tatoués. Les chats, mâles et femelles, sont stérilisés et testés contre la leucose et le F.I.V. Les chiennes sont la plupart du temps stérilisées avant leur sortie du refuge pour adoption. Aucune euthanasie libératoire n’est effectuée ni côté refuge ni côté fourrière, et le fait est assez rare pour être signalé. Tous les animaux entrant dans les bâtiments fourrière -que nous nommons «chenil d’isolation» et «chatterie d’isolation»- en ressortent, après mise en état sanitaire, pour être installés au refuge, en attente d’adoption. (Ce sont les animaux «trouvés» qui doivent obligatoirement être inscrits en fourrière, contrairement à ceux qui sont légalement abandonnés par leur maître). Nous ne pratiquons que des euthanasies médicales, lorsque la médecine vétérinaire se déclare impuissante à soigner l’animal et à soulager sa souffrance. La plupart des animaux arrivant au refuge n’ayant jamais été montrés à un vétérinaire, leur « mise en état sanitaire » coûte cher, mais elle est absolument indispensable. Et je rappelle que notre S.P.A., qui a une importante activité de fourrière, c’est-à-dire d’accueil des animaux «trouvés», ne reçoit pas d’indemnité des municipalités pour ce service (exception faite pour une petite commune).

2006, comme les années précédentes, nous a apporté son lot d’animaux abandonnés encore plus lâchement que d’autres : chiens et chats jetés par-dessus le mur du refuge, dans les jardins de certains administrateurs de la S.D.A. ou encore dans la salle d’attente d’un de nos vétérinaires ! Parmi eux, le chat Erwan, dont voici l’histoire : le portillon du refuge s’entr’ouvre et la secrétaire s’attend à voir entrer un visiteur. Elle n’aperçoit qu’un avant-bras et une main, qui tient un chat par la peau du cou et le jette brusquement et très violemment dans la cour, en direction du bureau. Quelques jours après, on s’aperçoit que le chat peine à uriner ; il faut le sonder, et à cette occasion on découvre une lésion de l’urêtre, anomalie gênant la miction et nécessitant une urétrostomie (ablation du pénis). On soupçonne donc les raisons de cet abandon sauvage, et on comprend mieux le comportement terrorisé du chat : une grande souffrance due à sa malformation s’ajoute à sa crainte d’être de nouveau maltraité. Nous avons fait procéder à l’opération nécessaire, et dès la convalescence terminée, nous avons constaté un changement radical dans l’attitude de la pauvre bête : paisible, confiant, câlin, juste un peu timide encore, il espère maintenant qu’un vrai maître va venir le chercher. En attendant cet heureux épilogue, un parrainage serait le bienvenu, car il est conseillé de nourrir Erwan essentiellement avec des boites, sachets et croquettes CD, que l’on trouve chez tous les vétérinaires, mais qui sont un peu onéreuses pour une association.

Erwan

Erwan

Deux chiots, deux frères, sont abandonnés, légalement cette fois, par une de ces personnes encore beaucoup trop nombreuses qui, au mépris de la loi, font faire à leur chienne deux portées par an, dans le but de vendre la portée, non vaccinée, non tatouée, non examinée par un vétérinaire, donc une deuxième fois au mépris de la loi. Nos deux chiots sont ceux qu’elle n’a pas réussi à «placer». L’un semble en bon état, l’autre est un peu malingre et souffre d’un ulcère à l’oeil. Le premier n’a pas survécu : infesté par les vers, il n’a pas supporté la vermifugation, pourtant tentée avec prudence et parcimonie. Nous n’avons pas pu sauver l’oeil du second, soigné dès son arrivée au refuge, mais beaucoup trop tard quand même. En revanche, il se porte dorénavant comme un charme.

Etre au bureau du refuge, l’après-midi, c’est faire face à des situations extrêmes et éprouver des émotions aussi fortes que contradictoires. Je passerai vite sur les adoptions : reconnaissance envers la personne qui est venue là dans le but d’inverser le cours du destin d’un animal malheureux, satisfaction de savoir que le chat Etienne et la chienne Prudence ont enfin trouvé un maître, échanges chaleureux entre des gens qui se comprennent et veulent faire ensemble reculer le front de la misère animale. Mais il y a les abandons, et c’est souvent la douche glacée, le moment insupportable. A celles qui se relaient au bureau (Jeanine, Agnès, Danielle), je rabâche sans cesse les mêmes consignes : rester calme quoi qu’on fasse et quoi qu’on dise, écouter sans broncher, sans contester, sans manifester la moindre désapprobation, toutes les inepsies, voire les horreurs, proférées par certains abandonneurs, et ce dans l’intérêt de l’animal. Il faut une grande maîtrise de soi pour respecter ces consignes, et ce d’autant plus que, si on se trouve là, c’est bien parce qu’on aime les animaux. Quant à moi, si je suis convaincue qu’il faut procéder ainsi, je n’en suis pas capable : récemment, de passage au refuge, je me tenais au bureau lorsqu’arrive une famille, le père marchant devant et tenant un panier de transport pour chat à la main, la mère le suivant et précédant ses deux fils. Probablement avait-on pensé qu’assiter à l’abandon-punition du chat était instructif pour les enfants. Leur vétérinaire a refusé d’euthanasier le chat, aussi on nous apporte le monstre qui, depuis neuf ans, les griffe et les mord. Et la mère d’exhiber son avant-bras griffé, attendant qu’on la plaigne -mais en vain-, car il ne nous a fallu que quelques instants pour comprendre que l’agressivité du chat devait être une réaction de défense. La secrétaire osa demander une explication concernant le carnet du chat et se fit rabrouer vertement. Quant à moi, presque sans m’en apercevoir, je prononçai : «pauvre chat» ; nous avions déclenché une crise d’une violence inouïe : hurlements de la mère qui m’accusait de vouloir que le chat crève les yeux de ses enfants, menaces du père qui allait tirer une balle dans la tête de l’animal, puisque ni son vétérinaire ni nous-mêmes ne voulions les comprendre. Jeanine réussit à les rattraper, car ils partaient en vociférant, puis à parlementer et à «récupérer» la bête féroce, avec laquelle on prit évidemment des précautions particulières, c’est-à-dire qu’on la traita exactement comme les autres chats. Le tigre n’a jamais causé le moindre souci, il est doux et paisible, et manifestement très content d’avoir échappé à son ancienne vie.

La vie quotidienne du refuge est faite de la succession d’événements souvent heureux, puisque ce sont parfois de véritables sauvetages que nous effectuons, grâce à votre soutien. Je pourrais, si je disposais de davantage de place, vous conter l’histoire de Brownie, petite chienne abandonnée à l’âge de 9 ans par des maîtres indifférents, puis adoptée par une gentille institutrice ; celle de Daniel, déposé au refuge parce qu’il était très vieux et aveugle et qui a cependant terminé sa vie traité comme un pacha ; celle de Whisky, qui vivait en permanence attaché à une voiture et qu’une de nos bénévoles a sauvé ; celle de ces deux Saint-Bernard, pour lesquels nous avons peiné à trouver des niches assez grandes, dont nous pensions qu’ils attendraient longtemps avant d’être adoptés, et qui trouvèrent chacun un maître en l’espace de quelques semaines…

Avant de terminer, je tiens aussi à vous dire que notre S.P.A. doit une grande reconnaissance à Michèle Pennequin, adhérente, Chevalier de Saint-François d’Assise, Présidente d’Honneur de «Charlotte et les autres…», grâce à qui beaucoup de bonnes choses sont possibles.

Et puis n’oublions pas que, dans les démocraties, ce sont les nombres qui importent. Plus une association compte d’adhérents, et plus ses dirigeants ont de chance d’être écoutés et considérés par ceux qui disposent du pouvoir. Nous connaissons tous des gens qui se lamentent sur la façon dont notre société traite les animaux sans pour autant être adhérents : à ceux-là, il nous revient d’expliquer gentiment que gémir ne sert à rien, et que si l’on veut vraiment que les choses changent, il faut adhérer à une association de protection.

Depuis mars 1996, date à laquelle vous m’avez fait l’honneur de m’élire à la présidence de notre association, la fidélité des adhérents de la S.D.A. à la cause qu’elle défend ne s’est jamais démentie, leur nombre n’a pas cessé d’augmenter (vous êtes six fois plus nombreux qu’en 1996) et j’ai, chaque année, constaté avec émotion que vous répondiez avec générosité et rapidité à ma demande annuelle. Certaine qu’il en sera de même pour 2007, et vous en remerciant à l’avance, au nom de ceux qui ne vivent que de nos dons, je vous prie de croire, cher adhérent, à l’expression de mes meilleurs sentiments.

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