Histoires de bêtes


Pour Josse, il était trop tard !

Josse.jpg


Josse-tete.jpg

Trouvé sur la route, entre Pont de Pany et Sainte-Marie-sur-Ouche, cet adorable petit chien est arrivé au refuge dans un état de détresse épouvantable. Peu à peu, réconforté et bien soigné, il a repris confiance. Agé d'environ 10 ans, il avait de l'arthrose et un souffle cardiaque. On procéda à toutes les étapes de la mise en état sanitaire ; bien vacciné, doté d'une prescription médicale efficace et peu contraignante (une dose de métacam tous les matins pour apaiser les douleurs rhumatismales), le charmant petit chien, qui considérait son animalier avec un regard éperdu de reconnaissance sollicitait aussi, avec une confiance teintée d'un reste de timidité, des câlins auprès de tous ceux qui s'approchaient de son box. Il était fin prêt pour une adoption « cas des cailloux ». La présidente avait même écrit l'article qu'on allait envoyer au Bien Public et publier sur le site le lundi suivant. C'est alors que survint la catastrophe : plusieurs jours de canicule en cette fin de juillet ; les conditions de vie au refuge sont rudes, le froid et la chaleur y sont insupportables, particulièrement pour les animaux âgés ou fragiles. Le coeur du petit chien n'a pas tenu... Le vétérinaire n'a rien pu faire, sinon abréger les souffrances de la petite bête, qui est morte apaisée, dans les bras de la gardienne du refuge.

Eprouvera-t-il un peu de honte, celui qui a abandonné ce chien sur la route ?

Serons-nous quelques-uns à songer, par temps de grande froidure ou de canicule, que cette triste histoire pourrait se reproduire, et qu'il aurait fallu si peu, somme toute, pour sauver le petit chien ? Une maison fraîche, et surtout un grand coeur...

La triste histoire d'Isabelle


Cas34-Isabelle.jpg

Le 29 février 2008, rue de l'Ecluse à Longvic, un passant n'en croit pas ses oreilles : il lui semble entendre un faible gémissement provenant... d'un conteneur à ordures. Quelques minutes plus tard -et juste avant le passage des éboueurs !-, il en retire une chatte tremblante, maigre, aveugle, qui avait été déposée -vivante- parmi les déchets.

Arrivée au refuge dans un état pitoyable, la petite bête, âgée d'une dizaine d'années, récupère très vite, malgré les maltraitances passées et un taux d'urée assez élevé. On la soigne si bien et on la chouchoute tellement qu'elle met tout son coeur à surmonter le passé et la maladie. Elle est heureuse, enfin, et ça se voit. On se dit que dans quelques semaines on pourra la proposer à l'adoption, parmi les « cas des cailloux ».

Mais notre refuge est trop petit, il n'y a pas de possibilité d'édifier une infirmerie. Isabelle est donc restée dans la chatterie d'isolation, où l'on place les nouveaux arrivants. Un chat trouvé arrive, atteint de coryza, très contagieux. Malgré toutes les précautions prises, Isabelle l'attrape. Le nouveau s'en remettra, elle, encore fragile, n'y parviendra pas.

Ce dimanche matin 6 avril, la petite Isabelle, blottie dans les bras de son animalière, a été euthanasiée par notre vétérinaire.



Des histoires mal commencées qui finissent bien :


Pour certaines arrivées particulièrement pitoyables, il faut faire très vite. C’est ainsi, par exemple, que nous avons récemment fait procéder, trois fois de suite en fort peu de temps, à l’amputation d’un membre antérieur pour trois chats : ces trois malheureuses bêtes nous ont été apportées avec un membre sectionné ou écrasé. On n’ose imaginer la souffrance subie. L’un d’eux a « traîné » longtemps avant de nous être apporté et ce sont les vers qui infestaient la plaie et la nettoyaient qui, d’après le vétérinaire, ont permis que le chat puisse être sauvé… L’un d’eux a été adopté. Les deux autres, adorables et surmontant fort bien leur handicap, attendent un maître au refuge…

IMG_0397-LR.jpg IMG_0398-LR.jpg

Balthazard (adopté) Corentin (adopté)


Quelques scènes de la vie quotidienne, choisies au hasard de ma mémoire :

Un homme est arrivé au refuge, il y a quelques mois, en fin d’après-midi, portant, dans un carton, quelque chose qui ressemblait vaguement à un croisement d’o’cédar très sale et de serpillière, mâtiné de boa 1930. Il a fallu presqu'une minute à la secrétaire pour comprendre que la chose informe, puante et inerte déposée dans le carton était un chien, et ensuite elle le crut mort. Erreur : c'était une chienne shitzu, quasiment mourante, âgée, déshydratée, décharnée, aveugle, sans forces, couverte de plaies, que l’homme venait de ramasser sur une route, près de Pontailler… Elle s’appelle Bénédicte, est âgée d’environ 13 ans, et se porte à merveille si on excepte une quasi cécité due à une kératite bilatérale et une petite maladie de peau sous contrôle. Le refuge lui a rendu sa dignité ; maintenant, elle ressemble… à un chien et, gaie comme un pinson, elle attend un bon maître…

IMG_BENEDICTE.jpg

Bénédicte a été adoptée

Une très jeune chatte, jolie et câline, est abandonnée par sa maîtresse, qui prétend l'avoir trouvée, mais la secrétaire n'est pas dupe... La chatte saigne et se gratte. "Pourquoi ne pas la faire soigner, au lieu de nous l'apporter ?". D'avance, la secrétaire connaissait la réponse : « Quoi ? un chat chez le vétérinaire ? Je n'ai pas d'argent pour çà... » Dans ces cas-là, on demande à l'abandonneur de s'engager par écrit à ne pas reprendre d'animal. Mais que valent, dans la société actuelle, la parole et la signature de certains ? Colombe -c'est le nom que nous avons donné à la jeune chatte- est atteinte d'une allergie alimentaire. Une piqûre de cortisone, un antibiotique, un régime spécial (poulet, poisson, thon au naturel et veau) et voilà la petite heureuse et en pleine forme, prête à partir pour une nouvelle vie, mais une vraie vie cette fois, avec une vraie maîtresse…

On explique à cet homme qu'il serait cruel d'abandonner -en plein hiver de surcroît, alors que nos boxes ne sont pas chauffés- son berger allemand âgé de 10 ans et très attaché à son maître. L'homme prend prétexte d'un déménagement. On tente de lui expliquer que le chien le suivra sans problème, qu’il s’adaptera à n’importe quel logement et que l’essentiel, pour lui, est de rester avec son maître. L'homme demande alors à ce que nous prenions son chien en pension, le temps pour lui d'effectuer le déménagement. Cette chanson-là aussi, nous la connaissons bien, et dès cet instant nous avons su que l'homme ne reviendrait pas... Le chien aussi savait : cela se lisait dans son regard, et son attitude résignée fendait le cœur…

Je viens d’évoquer pour vous quelques histoires de bêtes, afin que vous puissiez prendre la mesure de la détresse et de la misère animales mais aussi de l’importance du rôle de chacun d’entre nous lorsqu’il s’agit de les combattre. Cependant, il ne faut pas oublier qu’à côté de ces animaux particulièrement malchanceux, vivent au refuge, en attente d’adoptants, des cohortes de bêtes jeunes, jolies, câlines, en pleine santé…

La malchance d'Imré

Cas35-IMRE.jpg

Ce gentil setter noir et feu, trouvé à Quémigny Poisot le 11 février 2008, est arrivé au refuge en piteux état ; probablement avait-il erré longtemps avant que quelqu'un s'intéresse à lui. Age estimé : 12 ans. Ni tatouage, ni transpondeur, ni collier ; personne ne l'a réclamé. Bilan vétérinaire : malnutrition, cataracte, souffle au coeur, jetage narine droite, tartre, diarrhée chronique etc... Après plusieurs semaines de soins intensifs et quelques jours d'hospitalisation, le joli setter, baptisé Imré et cajolé par les bénévoles et les employés, avait repris goût à la vie et se portait fort bien, moyennant quelques comprimés quotidiens.

10 avril 2008 : soudainement, Imré tombe, sans raison apparente. Accident vasculaire cérébral grave. « On ne peut plus rien faire » dit le vétérinaire. Rien, sauf une euthanasie pour abréger ses souffrances, la tête du chien posée sur les genoux de son animalière...

Nous avons tous pensé que si ce pauvre chien avait connu auparavant une vie meilleure, s'il avait erré moins longtemps, peut-être n'aurait-il pas fini ainsi...


Les tribulations d'Hippolyte

Malheureusement, Hippolyte n'a pas été adopté; il est mort au refuge en juin 2008
Cas32-Hippolyte.jpg
Cas32-1-Hippolyte.jpg
Hippolyte après son opération

Trouvé à Bèze en janvier 2008, il est arrivé au refuge hagard, tremblant, tenant à peine sur ses pattes, avec un peu partout sur le corps des excroissances de chair, dont une, énorme, sur le sommet de la tête. C'est un beagle tricolore, né en 1996 (âge déterminé par le vétérinaire), chien de chasse devenu inutile qu'on a probablement lâché dans ce village pour qu'il aille mourir ailleurs...

Mais il avait envie de vivre, notre brave Hippolyte, et il a très vite repris des forces et manifesté une humeur charmante. Il a supporté avec courage l'ablation de la grosse verrue qu'il avait sur la tête, le port de la collerette, tous les soins nécessaires à sa remise en état. Il est vacciné contre toutes les maladies courantes de son espèce. Notre vétérinaire lui mettra un transpondeur (puce) juste avant sa sortie du refuge, car nous n'avons pas voulu courir le risque d'une anesthésie générale pour tatouage, étant donné son âge.

Qui prendra en pitié ce chien paisible et facile à vivre, qui rêve d'un bon coussin pour dormir, d'une écuelle bien garnie et surtout d'un maître ne ressemblant en rien à celui auquel il a eu le malheur d'appartenir ?

Ce chien, qui devient très beau lorsqu'on le voit avec le coeur, participe à l'opération chien doyen organisée par 30 Millions d'Amis.